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L'air de la mer

Orcane 485

Caravane Havre-Vif

Le vent nous fouette le visage de perles d’eau salée, le ciel est bas et morne.
J’adore quand notre caravane longe les côtes, l’odeur de la mer m’envahit et je me sent léger.

Pourtant cette fois-ci on ne peut pas dire que les conditions aient été idéales.

L’océan a déjà été plus beau qu’aujourd’hui, on le distingue à peine des nuages gris. Ou peut-être que son goût m’a passé et que je ne parviens plus le voir comme avant.
Par le passé, je rêvais de devenir marin, parcourir l’océan, hors de portée de l’Empire d’Or dont la force navale semblait être le seul point faible. Mais aujourd’hui encore j’ai eu la preuve qu’aucun endroit n’est sûr.

Pour nous abriter des caprices du ciel, nous avons trouvé une grotte dans les falaises, de là il nous était possible de voir le hameaux en contrebas, avec son port bien vide à l'exception d’une épave qui semblait être là depuis toujours.

Pour une fois, il nous semblait presque que rien ne pouvait arriver. Le soir nous nous sommes même émerveiller de voir arriver au loin un navire fendant les vague, les nombreuses lumières à son bord dansant au rythme du roulis, il semblait que plus il approchait du port plus il était lumineux.

Le bateau était en feu.
Soudainement, nous nous sommes tous redressés, enjambant les casseroles et les compagnons endormis pour nous précipiter hors de notre abris afin d’estimer le danger.
Même les deux chiens galeux qui nous suivait depuis plusieurs jours se sont mis à hurler à la mort. Rapidement Herald les a fait taire à coups de pied et de jets de pierre. Distrait par les chiens, je n’avais pas remarqué les visages horrifiés des mes compagnons. Dans les reflets de leur yeux brillait l’horreur de la scène.

Nous étions trop loin pour le comprendre tout de suite mais un deuxième navire poursuivait le premier, la lumière émanant du bateau en feu nous avait rendu invisible son assaillant.
Depuis son bord, une dizaine d'archers semblaient tirer des flèches enflammées, elle jaillissait en éclairant brièvement son pont hérissé de lances et de haches.

Mes compagnons étaient déjà affairés, en panique, à démonter précipitamment notre campement.
Moi je restait planté là, tétanisé d'effroi devant le drame.

Les habitant du hameau ne semblaient pas plus gros que des mouches de là où je me tenais et pourtant je pouvais sentir leur peur dans leur manière de courir.
J'étais comme hypnotisé par ces petites silhouettes désarticulées éclairées par la lumière dansante des incendies qui faisait rugir les toits de chaume partout dans le village.
Impossible pourtant d'identifier l’origine de leur bouchers.
Ils étaient sauvages dans leurs méthodes mais ne se pressaient pas pour autant.
On aurait dit que c’était leur quotidien.
Un jour comme un autre pour eux sans doute. Mais néanmoins le dernier pour les habitants du port.

Quand j’ai repris mes esprits nous étions déjà en route depuis des heures.
Le soleil se lève et je vois toujours de minces colonnes de fumée qui s’élèvent dans le ciel entre deux rideaux miteux qui dansent au rythme des cahots de la route.
Quand était-ce la dernière fois que j’ai vu le soleil se lever et se coucher au même endroit?

Après tout ça, je me dis que même si les mers n’appartiennent pas à l’Empire, ceux qui les tyrannisent à leur place ne valent pas mieux.